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Argonne, Verdun : cicatrices

Circuit en Argonne et à Verdun.
Vendredi : Gare de Meuse-TGV-Autrécourt sur Aire (17 km)
Samedi : Autrécourt-Clermont en Argonne-Varennes-Vauquois-Verdun (75 km)
Dimanche : Verdun-Douaumont-Dugny sur Meuse-Gare de Meuse TGV (55 km)
Météo : soleil intermittent
Paysages : collines et buttes

Si le terme de « cicatrice » est galvaudé pour évoquer toute trace d’une période historique, c’est peut-être pour parler de Verdun et de l’Argonne qui l’est le moins. De toute la ligne de front, jamais une terre ne m’est apparue autant retournée, labourée, trouée, qu’ici, et sur des dizaines de kilomètres carrés.

 

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Le voyage a commencé vendredi à la gare de Meuse TGV-Voie sacrée, une de ces gares improbables que l’on construit, pour ne fâcher personne, à mi-chemin entre les deux métropoles du coin, Verdun (19300 habitants) et Bar-le-Duc (16 000 habitants). Elle porte le nom de la Voie sacrée, cette route entre Verdun et Bar-le-Duc qui servit de ravitaillement en soldats, en matériel et en nourriture pendant la bataille de Verdun de février à décembre 1916, aujourd’hui plantée de bornes rouges et blanches surmontées d’un casque.

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Je ne dirai pas plus de mal de cette gare, ni de son chef (de gare) et de sa femme de ménage  qui, sans que nous ayons rien demandé, se sont pliés en quatre pour nous indiquer (et nous imprimer) le chemin le plus court pour rejoindre notre hébergement. Autrement dit, 100% du personnel de la gare s’est mobilisé pour nous aider. Il faut dire que nous étions les derniers voyageurs à quitter l’endroit…

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Nous avons débuté notre périple en Argonne, dans la vallée de l’Aire à l’ouest de Verdun, entourés de collines et d’éoliennes. Impossible de rater sur le chemin la sépulture de Raymond Poincaré à Nubécourt, enfant du pays et président de la République de 1913 à 1920 – surnommé « Poincaré la guerre » pour son entrain à faire la guerre – et dans les années 20, connu pour son esprit revanchard contre l’Allemagne. Peu après Nubécourt, sur la commune de Fleury-sur-Aire, à l’angle d’un champ, un monument en pierre brute rend hommage aux soignants de la guerre, sur le site de ce qui fut un hôpital, une gare et un terrain d’aviation.

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Plus au nord, après Clermont-en-Argonne, quasiment entièrement détruite pendant la guerre, débute la forêt d’Argonne. Elle est percée sur sa ligne de crête par une ancienne voie romaine, sur une quinzaine de kilomètres, où s’affrontèrent à quelques dizaines de mètres de distance les soldats français et allemands.

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Forêt de la Haute-Chevauchée

C’est là qu’eurent lieu ce que l’on nomme en 1915 « la guerre de mines », qui consistait à creuser sous les tranchées ennemies pour y placer des explosifs. Il en reste de très impressionnants cratères (« entonnoirs »), d’une dizaine de mètres, en enfilade. Impressionnants vestiges d’une guerre assourdissante, au milieu d’une forêt entièrement détruite à l’époque et silencieuse aujourd’hui. Ce samedi matin, deux cyclistes ont dérangé une biche, un renard et quelques dizaines de mésanges charbonnières.

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Entonnoir du monument-ossuaire de la Haute-Chevauchée

 

En sortant de la forêt, on arrive vite à Varennes, une petite ville où se mêle l’histoire et où se font face, au sud, la tour où Louis XVI a été arrêté dans sa fuite vers Montmédy à la frontière avec le Luxembourg en 1791 ; et au nord, le monument de Pennsylvanie,  célébrant la libération de la ville par les Américains en 1918.

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La Tour Louis XVI vue des rives de l’Aire à Varennes

 

Quelques kilomètres après Varennes, un autre site témoigne de la guerre des mines : la butte de Vauquois offre d’impressionnants cratères, creusés par près de 519 explosions,  dont l’un par plus de 60 tonnes d’engins explosifs (voir la photo de Une de ce message). Nous tombons ce jour-là sur une cérémonie en hommage au 90e anniversaire du monument de la butte. Cérémonie conventionnelle au possible, on y cite Péguy et on rend hommage à la gloire des soldats tombés. On y chante deux fois la Marseillaise.

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A Verdun, à 30 km de l’Argonne, c’est une toute autre histoire qui commence. Celle d’une bataille qui pendant 10 mois connut un déluge d’obus (60 millions) comme jamais. Elle est connue pour être une victoire française, à l’arrachée, après une attaque surprise des Allemands qui visaient les forts défensifs (Vaux, Douaumont) construits par la France après la perte de l’Alsace-Lorraine en 1871. Plus de 300 000 hommes sont morts ici, pour rien – reprendre quelques mètres de terrain perdu – et 400 000 ont été blessés. Et pendant ce temps là, le 1er juillet 1916, débutait une autre bataille, dans la Somme, emmenant des soldats du monde entier (Royaume-Uni, Irlande, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande).

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Sur ces hauteurs, qui dominent la ville nichée dans la vallée de la Meuse, le terrain lunaire de la guerre a laissé place à une forêt plantée à la fin des années 20.  La zone, classée « rouge » est interdite à toute activité agricole et encore dangereuse.

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Neufs villages ont été détruits et sont classés « morts pour la France ». C’est le cas du village de Fleury-devant-Douaumont, pris et repris 16 fois pendant la bataille. Un parcours est aménagé dans les rues de l’ancien village. Cette visite n’est pas sans me rappeler le village de Craonne, sur le chemin des Dames, qui avait connu le même sort (lire ici le récit de juillet 2014).

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L’emplacement du lavoir du village de Fleury

Ces sites sont touristiques. L’ossuaire de Douaumont sur son plateau, qui se voit à plusieurs dizaines de kilomètres, ou encore les forts, sont visités par plusieurs centaines de personnes chaque jour.

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Ossuaire de Douaumont

Cent ans plus tard, la forêt qui avait disparu, a repris possession des sols et dévoile encore des tranchées et des impacts d’obus quasi-intacts. Elle renferme sous elle quelque 80 000 soldats français et allemands dont les corps n’ont pas été retrouvés. Malgré cela, et c’est difficile à écrire, les paysages dégagent une grande beauté et presque une grande douceur.

 

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Hirondelles nourrissant leurs petits dans les voûtes du Fort de Douaumont

 

 

 

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La fuite en Argonne et à Verdun…

Je vous invite à me retrouver pour un nouvel épisode de la Fleur au guidon, à suivre le week-end du 25-26 juin sur ce blog ou sur twitter (@lafleurauguidon).

Le choix de Verdun s’est imposé à cause de l’actualité (le centenaire de la bataille de 1916 a été célébré fin mai par François Hollande et Angela Merkel) mais aussi en raison de mon envie de découvrir cette ville « incomprise », pour reprendre le titre du livre du journaliste Vincent Noyoux qui s’est lancé dans un « Tour de France des villes incomprises » (2016), qui place Verdun en bonne place aux côtés de Vesoul, Cergy, Mulhouse, Maubeuge… (je vous laisse compléter !)

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Voici le programme du week-end à venir, qui s’annonçait simple à organiser, mais c’était sans compter des lignes de train capricieuses (qui n’acceptent pas les vélos à bord ou qui sont en travaux) et des hébergements plein à craquer dans la région. Parce que oui, les touristes étrangers désertent Paris mais pas les champs de bataille et les hôtels sont archi-complets pendant la saison en raison du Centenaire, m’a expliqué l’Hôtel du Tigre de Verdun, où j’aurais tant aimé dormir. Nous en serons quittes pour un hôtel de type Formule 1 un peu à l’écart de Verdun, le long d’une départementale, je vous raconterai..

A croire donc que quitter Paris pour Verdun était plus simple en 1791 qu’en 2016… Je fais allusion à la fuite de Louis XVI, en juin 1791, arrêté à Varennes à quelques kilomètres de Verdun…

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La fuite à Varennes. Sur la route, à Sainte Menehould

Vendredi 24 juin : départ en train de Paris (gare de l’Est) à 18h10. Arrivée à la gare de Meuse TGV. Nuit à Autrecourt-sur-Aire.

Samedi 25 juin : Les combats de l’Argonne et la guerre des mines de 1915 (en jaune sur la carte). Parcours à travers la forêt d’Argonne : Clermont-en-Argonne ; Lachalade, Varennes, Vauquois. Nuit à Verdun.

Dimanche 26 juin. Les champs de bataille de Verdun (en rouge sur la carte). Mémorial de Verdun, Fort de Douaumont, villages « morts pour la France ». Retour vers la gare de Meuse TGV via la Voie Sacrée qui relie Verdun à Bar-le-Duc.

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Extrait de la carte IGN Grande Guerre 1914-1918

 

A suivre !

 

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Saint-Dié-des-Vosges. Terminus (8/8)

Dimanche 2 août 2015. St-Dié-Paris (en train)
Distance parcourue : 0
Dénivelé : 0
Paysages : contreforts des Vosges
Météo : chaleur
Forme : petite fatigue !

L’arrivée à Saint-Dié, nichée dans les derniers contreforts du massif des Vosges, côté Lorraine, réserve quelques belles surprises. Depuis le col de Ste-Marie-aux-Mines (voir l’épisode 7), on y descend par une longue route de 18 kilomètres, bientôt délaissée pour de petites routes moins passantes à travers les villages et dernières fermes de montagne de Gemaingoutte, Ban-de-Laveline ou encore Coinche.

Dernière étape avant l’arrivée en ville par la zone industrielle, la petite ville de Remomeix possède un joli aéroclub dédié au pilote de la première guerre mondiale, René Fonck, également surnommé « l’as des as ». Membre de l’escadrille 103 des Cigognes, il a d’abord volé comme photographe des lignes ennemies avant de prendre part aux combats. Une réplique de son avion est exposée au bord de la petite piste, prise d’assaut ce jour là par un rassemblement de parachutistes -essentiellement Allemands- et leur cortège de tentes, vans, caravanes, buvettes et piscine gonflable.

Réplique de l'avion Spad XIII de René Fonck

Réplique de l’avion Spad XIII de René Fonck

St Dié et ses alentours ont été le terrain d’une bataille entre les sommets et la plaine dès août 1914. Un monument aux morts, complètement détruit pendant la 2è guerre mondiale et dont il ne reste que le piédestral, comportait une statue de poilu haute de 3 mètres, en hommage aux nombreuses victimes du coin.

Monument aux morts au bord de la Meurthe

Monument aux morts au bord de la Meurthe

St Dié est aussi la ville de naissance de Jules Ferry, président du Conseil sous la IIIè République, ministre de l’Instruction publique, auteur de la fameuse phrase sur « la ligne bleue des Vosges » après l’annexion de l’Alsace-Moselle, et accessoirement auteur de quelques horreurs sur le colonialisme. Il est enterré dans le cimetière de la ville, sur les hauteurs et face aux Vosges, ainsi que son neveu Abel Ferry, mort à la guerre.

Statue en hommage à Jules Ferry

Statue en hommage à Jules Ferry

La ville a été entièrement reconstruite après la seconde guerre mondiale mais possède quelques pépites architecturales qui font faire un grand écart, depuis la futuriste Tour de la liberté, installée d’abord à Paris, aux Tuileries, pour le bicentenaire de la révolution en 1989, puis ramenée dans les jardins le long du fleuve, jusqu’au cloître de la cathédrale, sans parler des restes d’un camp gaullois ni de l’usine de bonneterie Duval construite par Le Corbusier – qui avait proposé un plan de reconstruction de la ville en 1946, rejeté par les habitants et élus car il proposait des habitations verticales.

Vue depuis la Tour de la liberté

Vue depuis la Tour de la liberté

Cathédrale de St Dié

Cathédrale de St Dié

Usine Duval par Le Corbusier

Usine Duval par Le Corbusier

Avec St Dié s’achève le voyage. C’est le moment de vous dire au revoir et de remercier tous les lecteurs du blog et ceux qui m’ont suivie sur Twitter. Je tiens aussi à remercier André Dubail à Pfetterhouse et Louis Scherommm au Hartmannswillerkopf pour le temps qu’il m’ont accordé et les précieuses indications qu’ils m’ont données.

Les combats des Vosges ne s’arrêtent pas à St Dié, ils se poursuivent plus au nord en Moselle. Quelques jolis paysages aperçus depuis le train, en Argonne et dans la Meuse, me font penser que nous auront envie d’y passer. To be continued.

Aurevoir. Gare de St-Dié

Aurevoir. Gare de St-Dié

N.B : D’avantage de photos du voyage et des photographies d’époque que m’a communiquées Louis Scheromm seront publiées sur ce blog fin août.

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Le Col de Sainte-Marie-aux-Mines. Passage (7/8)

Samedi 1er août 2015. De Sainte-Marie-aux-Mines à Saint-Dié-des Vosges
Distance parcourue : 8 km à pied, 20 km à vélo
Dénivelé positif : 150 m
Paysage : col de montagne puis vallée de St-Dié
Météo : pluie fine en fin d’après-midi
Forme : la forme

Frédérick Sermages

Frédérick Sermages

Président de l’Association des amis du Col de Ste-Marie-aux-Mines « actuellement en sommeil », « auteur, poète et romancier », comme il se présente, et ancien candidat à l’Eurovision avec la chanson « Le bar de la tonnelle », Frédérick Sermages habite en haut du col. Il y tient le café « A l’ancienne frontière »,  qui fait également office d’épicerie, de boutique d’artisanat local et de salle de réunion. Passionné d’histoire, il raconte aux visiteurs de passage et à qui veut l’entendre, l’histoire du col. Cet après-midi là, à la faveur d’une petite pluie fine, nous avons trouvé refuge dans son café au bord de la route et entamé la conversation. Se sont joints à nous un couple de randonneurs-cueilleurs de framboise alsaciens et un cycliste à sacoches solitaire, chacun ayant accompli l’ascension du col par un versant différent.

Ancienne borne frontière de 1871 entre l'Alsace annexée par l'Allemagne et la France

Ancienne borne frontière de 1871 entre l’Alsace annexée par l’Allemagne et la France

Car l’histoire du col est celle de tous ceux qui y sont passés : les Suédois lors de l’invasion de l’Alsace au milieu du XVIIè siècle (dont la mémoire subsiste encore à travers ce dicton alsacien pour enfants pas sages « si tu ne te calmes pas, les Suédois viendront te chercher ») ; Louis XIV plus tard au XVIIe siècle, puis les armées napoléoniennes puis les Allemands. A partir de 1871, le col marque la frontière entre l’Alsace annexée par l’Allemagne et la France, objet d’une intense bataille sur le col à la Tête de Violu à partir de 1914. Lors de la deuxième guerre mondiale, le col est un lieu de passage pour les Alsaciens souhaitant rejoindre l’armée française, et pour les prisonniers. Aujourd’hui, le col est la frontière entre les départements du Haut-Rhin et des Vosges, autrement dit entre la région Alsace et la région Lorraine.

Du côté est du col, en Alsace donc, se trouve la vallée de Ste-Marie-aux-Mines, riche ville minière dès le XVIe siècle, pour le minerais d’argent présent dans la roche. Jusqu’en 1907, les flancs des montagnes ont été taillés à la main, au marteau et au burin, puis à l’explosif suivant l’évolution des techniques, pour tenter d’en extraire les précieux filons. Nous y avons visité la mine de St Barthélémy, creusée à un rythme de 100 mètres en 10 ans, où se trouvait de l’argent et du cobalt qui servaient à frapper monnaie.

Mine de St Barthélémy

Mine de St Barthélémy

La petite ville de Ste-Marie, reconvertie un temps dans le textile, garde aujourd’hui quelques traces de sa splendeur d’antan avec de belles rues de maisons bourgeoises, parfois avec tourelles, et colorées.

Centre de Ste-Marie-aux-Mines

Centre de Ste-Marie-aux-Mines

Du côté ouest du col, c’est déjà la Lorraine et la vallée de St-Dié. Les fermes changent d’aspect et les vallées semblent déjà moins touristiques. (Ce sera l’objet du dernier épisode à lire demain).

Au sommet du col, à quelques centaines de mètres de là, a eu lieu la bataille stratégique du sommet à la Tête du Violu. Un sentier de randonnée de quelques heures mène à une incroyable enfilade de fortifications allemandes sur la pente, construites dès le début de la guerre et renforcée jusqu’en 1918 pour empêcher les Français de passer.

Enfilade de bunkers allemands, Tête du Violu

Enfilade de bunkers allemands, Tête du Violu

Sur ce sommet a eu lieu ce que l’on appelle « la guerre des mines »…un autre type de mines, qui consiste à creuser pour aller placer des explosifs sous les lignes ennemies. De cela, il ne reste aucun vestige à visiter, les quelques restes ayant été comblés pour des raisons de sécurité.

A  la fin du parcours, on découvre notamment les restes d’une piscine thérapeutique allemande, construite pour soigner les blessés et baigner les victimes des gaz utilisés pendant une courte période.

Piscine allemande

Piscine allemande

La vue sur la vallée de Ste-Marie y est imprenable.

Vallée de Ste-Marie-aux-Mines

Vallée de Ste-Marie-aux-Mines

A lire demain : St-Dié-des-Vosges

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Sur les flancs de la Tête des faux. Les pieds sur terre (6/8)

Vendredi 31 juillet 2015. Le Bonhomme-Ste-Marie-aux-Mines
Distance parcourue : 10 km à pied, 20 km à vélo
Dénivelé positif : 500 mètres à pied, 500 mètres à vélo
Paysages : montagne et vallée de Ste-Marie-aux-Mines
Météo : radieuse
Forme : radieuse

Une fois n’est pas coutume, c’est à pied que nous avons découvert les innombrables vestiges de la guerre, sur les flancs de la Tête des Faux, au départ du village du Bonhomme.

Village du Bonhomme

Village du Bonhomme

La bataille, qui s’est soldée par une résistance française, s’est essentiellement déroulée dans un temps très court, en plein hiver, entre décembre 1914 et février 1915, faisant plus de 500 morts allemands et 150 du côté français. L’objectif pour les Allemands était de pilonner les positions françaises sur le col voisin et stratégique du Bonhomme, qui marquait la frontière entre la France et l’Alsace annexée depuis 1871.

On y découvre les très émouvants restes d’un cimetière allemand, avec son portail, son mur en pierre et son mémorial, en plein milieu des sapins.

Entrée de l'ancien cimetière allemand

Entrée de l’ancien cimetière allemand

On n’en finit pas de s’étonner des innombrables vestiges qui jalonnent les bas côtés du chemin et qui transforment la randonnée en une véritable chasse au trésor. L’impression est d’autant plus forte que les panneaux d’explication sont rares – dommage, alors que la montagne est sillonnée de sentiers balisés par le Club Vosgien (l’équivalent de la fédération française de randonnée).

Amas de tôles et de barbelés

Amas de tôles et de barbelés

Encore une fois, les réalisations allemandes étonnent – et étonnent d’autant plus qu’elles sont dans un très bon état de conservation. On découvre une station de pompage au bord d’un lac glaciaire, une station de téléphérique, des câbles de téléphone…

La station de pompage

La station de pompage


Le lac glaciaire du Devin, à côté de la station de pompage

Le lac glaciaire du Devin, à côté de la station de pompage


L'entrée du téléphérique

L’entrée du téléphérique

On se perd presque dans ces sentiers enchevêtrés, souvent très sombres, au milieu des arbres coupés qui dégagent une forte odeur de sapin. L’hiver, les pentes sont blanches et on y fait du ski.

A lire demain : le col de Ste-Marie-aux-Mines

Arbres décapités au Linge

Le Linge. En haut, en bas (5/8)

Jeudi 30 juillet 2015. Munster-Le Bonhomme via le Linge
Distance parcourue : 33 km dont 17 km de col
Dénivelé positif : 800 mètres
Météo : Beau temps
Paysages : montagne, forêt de sapin
Forme : Pas de courbatures !

Carte du front

Carte du front

Au collet du Linge, à 986 mètres d’altitude, comme au Chemin des dames ou certaines batailles de l’Artois quelques années plus tard, les Allemands étaient installés en haut et les Français en contrebas, en quête du sommet. 17 000 soldats des deux camps sont tombés, entre le 20 juillet 1915, il y a exactement un siècle, et octobre 1915. La bataille résulte de la volonté de l’état major français de reprendre le massif par les hauteurs. Après plusieurs attaques et contre-attaques, les combats finissent par se figer et se portent ensuite sur le Hartmannswillerkopf, l’autre grande bataille des Vosges, puis ailleurs sur le front ouest, à Verdun, dans la Somme…

On visite au sommet un petit musée qui à l’avantage de présenter des vêtements de soldats adaptés aux conditions de montagne, des objets spécifiques à la guerre de montagne (ski, peaux de mouton…) ainsi que des traineaux tirés par des chiens venus d’Alaska. On peut y voir une vidéo de l’histoire de la bataille à partir d’images et films d’époque, intéressante même s’il manque cruellement une carte et une introduction à l’histoire de cette bataille.

Infirmier devant un traineau

Infirmier devant un traineau

Un des grands intérêts du musée est la visite extérieure des lignes de tranchées françaises et allemandes, extrèmement bien conservées, dans un paysage encore lunaire, 100 ans après.

Tranchée allemande

Tranchée allemande

On circule, monte et descend dans les premières, deuxièmes et troisièmes lignes de tranchées, dans les abris, au milieu des croix marquant les corps de soldats retrouvés ces dernières années et des troncs d’arbres décapités. Parfois, les tranchées ennemies étaient proches de moins de deux mètres…

Abri allemand

Abri allemand

Après cette visite saisissante, nous avons poursuivi notre route enchaînant les cols : du Wettstein, du Calvaire (1134m), du Louchbach et du Bonhomme. Après la magnifique vallée de Munster ce matin, nous avons enjambé celles d’Orbey et du Bonhomme, où nous passons la nuit ce soir.

Nécropole française du Wettstein

Nécropole française du Wettstein

Vallée d'Orbey

Vallée d’Orbey

Lac Blanc

Lac Blanc

A lire demain : la Tête des Faux et Sainte-Marie-aux-Mines

Sur la route du Markenstein à Sondernach

La route des crêtes. Fantômes (4/8)

Mercredi 29 juillet 2015. Altenbach-Munster via le Grand Ballon
Distance : 46 km
Dénivelé positif : 500 m
Paysages : montagne, route à travers les sapins, les fermes et les pâturages. Vallée de Munster sur la fin.
Météo : Pluie et brouillard sur les sommets, vue bouchée. Grand soleil dans la vallée
Forme : il en faut plus pour entraver le moral des troupes !

La choucroute de l’hôtel-restaurant du Grand Ballon a été revigorante.

Le Grand Ballon

Le Grand Ballon

Offrant une vue somptueuse sur la plaine d’Alsace à plus de 1325 mètres d’altitude, le sommet des Vosges ne nous a laissé entrevoir, ce midi-là, que la maison du miel, située vingt mètres en contrebas.

Au col Amic

Au col Amic

Un brouillard enveloppant et une pluie fine ont accompagné notre ascension entre Altenbach (800m d’altitude) et le sommet, transformant les forêts de sapin, les troupeaux de vaches et les monuments de commémoration en objets fantomatiques. A l’inverse des navigateurs (marins et autres aviateurs), les cyclistes, en cas de mauvaise « visi », n’ont cependant qu’à suivre les méandres du bitume, même si tous partagent la nécessaire vigilance aux amers, aux lignes à haute tension ou aux voitures, c’est selon.

Dans le silence du brouillard, plusieurs monuments témoignent des combats qui ont entouré la bataille du Hartmannswillerkopf. On trouve une stèle en mémoire au capitaine Amic, tombé lors de la bataille, une chapelle en mémoire des soldats ou encore, plus bas, après la station de ski du Markenstein, un ancien vestige de cimetière français, dont on peut imaginer que les 11 corps qu’il abritait ont été rassemblés dans une nécropole voisine ou rendus à leurs familles.

Stèle du capitaine Amic

Stèle du capitaine Amic

Ancien cimetière français

Ancien cimetière français

Nous avons retrouvé la lumière d’été en arrivant dans la vallée de Munster, après un détour par la magnifique vallée de la Fecht, pour voir le cimetière du Chêne Millet (du nom d’arbres du coin peint par Jean-François Millet) et l’ancienne infirmerie du front à Mittlach, malheureusement fermée en fin d’après-midi.

Cimetière du Chêne Millet

Cimetière du Chêne Millet

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Mittlach et son école-mairie datant de 1911 qui abritait une ambulance/infirmerie pendant les conflits

 

Nous avons rejoint Münster en fin de journée par une piste cyclable bordée de rails et de cigognes.

Vers Münster

Vers Münster

A lire demain : la bataille du Linge. De Münster au Bonhomme.

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Le Hartmannswillerkopf. Coup de foudre (3/8)

Mardi 28 juillet 2015. Cernay-le HWK-Altenbach
Distance : 18 km
Dénivelé positif : env. 550 mètres
Paysages : vallée de la Thur puis montagne. Vue sur Mulhouse, Bâle, le Rhin, la centrale de Fessenheim depuis le sommet du HWK, et même la cathédrale de Strasbourg,
Météo : beau temps, pluie en soirée
Forme : excellente, fatigue

Louis Scheromm

Louis Scheromm

Louis Scheromm, électricien chez EDF aujourd’hui retraité, a commencé à s’intéresser à la guerre 14-18 par la haute-tension. La tension l’a menée sur le site du Hartmannswillerkopf (HWK), un éperon rocheux au sud du massif des Vosges qui culmine à plus de 900 mètres. Coup de foudre.
Les Allemands, qui tenaient l’Alsace et occupaient le versant est du HWK, y ont tiré dès le début de la bataille, en décembre 1914 (la bataille a duré jusqu’en mars 1916) une ligne électrique alimentée par la centrale hydraulique d’Ölten en Suisse, en 55 000 V jusqu’à Guebwiller en contrebas, puis en 5000 V jusqu’au front sur les sommets.

Téléphérique (source : Louis Scheromm)

Téléphérique (source : Louis Scheromm)

Celle-ci faisait fonctionner plusieurs téléphériques avec nacelles qui acheminaient le matériel de construction des tranchées et fortifications, une dizaine de compresseurs à air comprimé pour les marteaux piqueurs, et d’énormes projecteurs pour observer les environs. Dans les tranchées allemandes, contrairement aux françaises situées vingt mètres plus loin, on avait l’électricité.

Les Allemands ont même utilisé le courant comme arme fatale, tirant un câble jusqu’aux lignes barbelées de la première tranchée française…jusqu’à l’électrocution d’un soldat. L’état major français s’est bien gardé d’ébruiter l’accident, le corps du soldat a été évacué et autopsié de nuit. La tranchée a été surnommée la « tranchée électrique ».

Station à air comprimé

Station à air comprimé

Louis Scheromm m’a conduite ce matin là à travers les dédales des lignes de tranchées françaises et allemandes, sur l’ensemble des versants du HWK… un impressionnant labyrinthe d’abris méthodiquement construits (surtout du côté allemand, en béton armé) et parfois incroyablement conservés au milieu de la forêt et des chevreuils.

Abri allemand

Abri allemand

Tranchée

Tranchée

On y croise des restes d’abris équipés de cheminée, pour lutter contre le froid qui l’hiver peut descendre jusqu’à -20°C, des cuisines, des abris de tireurs de mortier et même des restes de latrines.

Monument aux diables rouges

Monument aux diables rouges

Une statue rend hommage au 152è RI, également appelé diables rouges (chasseurs alpins).
Il s’agit pour moi d’un des plus beaux et plus riches sites de tout le front ouest (pour la partie que j’ai vue jusqu’à ce jour du moins), entretenue par la très active association des Amis du HWK depuis 1969.

Nécropole

Nécropole

On trouve à l’entrée du site une nécropole de plus de 1200 tombes françaises, dominée par une croix. L’histoire dit que plus de 30 000 soldats français et allemands y sont morts entre décembre 1914 et mars 1916 mais selon plusieurs sources, le chiffre pourrait être largement gonflé.
En fin d’après-midi, j’ai repris mon vélo que j’avais laissé à Cernay chez mes hôtes Emilie et Jean-Christian, pour filer à Thann en logeant la jolie vallée de la Thur, au milieu des vignobles.

Vignobles de Thann

Vignobles de Thann

J’ai retrouvé Biel, qui m’a rejoint pour la suite du voyage, (presque à dos de cigogne).

Gare de Thann

Gare de Thann

Nous avons ensuite grimpé les premiers monts des Vosges vers Altenbach, où nous avons passé la nuit à la ferme-chambre d’hôte des Ecureuils.

Pont frontière

Le Kilomètre zéro. Point triple (2/8)

Date : Lundi 27 juillet 2015
Distance : environ 60 km
Paysages : plaines
Météo : nuageux, très fort vent le matin, pluie en Suisse mais pas en France
Forme : excellente

NB : des problèmes de connexion internet m’empêchent d’envoyer quotidiennement ces bulletins d’information… Excusez le décalage !

« Ici, on mesure la relativité de la notion de frontière », m’explique André Dubail, président de l’association des Amis du Kilomètre zéro et co-créateur du sentier du même nom.

La clairière et la borne frontière entre la France et la Suisse

La clairière et la borne frontière entre la France et la Suisse

Carte de la région

Carte de la région

Nous sommes côté suisse, dans une clairière à l’orée d’une forêt de sapin, devant la borne frontière avec la France. A gauche, se trouvait le front français et quelques dizaines de mètres à droite, le front allemand. A côté de nous, se trouve l’abri des gardes suisses qui, pendant la guerre de 14, veillaient jalousement, mais pacifiquement, qu’aucun des deux camps ne viennent empiéter sur leur territoire (voir la carte)

Poste de garde suisse

Poste de garde suisse

A partir de 1914, ce lieu, situé à cheval sur la commune de Pfetterhouse (France, Haut-Rhin) et de la commune de Bonfol (Suisse, canton du Jura), marque le début du front franco-allemand de la guerre 14-18. Il évoluera peu pendant toute la durée du conflit. C’est le point de départ symbolique d’une ligne qui s’achève à Nieuport, en Belgique, où j’étais en août dernier.
Mais l’histoire est encore plus facétieuse et s’est jouée pendant longtemps de la frontière. Les habitants ne s’y trompent pas et parlent encore aujourd’hui les mêmes langues : le français, en France et de ce côté-ci de la suisse francophone, mais aussi l’alsacien du Sungdau, un dialecte encore différent de l’alsacien parlé dans le Bas-Rhin. A la Pentecôte 1914, plus de 1000 Alsaciens, Suisses et contrebandiers ont ainsi festoyé ensemble dans la ferme du Largin, à quelques dizaines de mètres de la future ligne de front, côté suisse de la frontière.

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André Dubail me raconte une anecdote. Alors que la guerre faisait rage, un Suisse – radin comme souvent, selon lui – n’a pu supporter de voir la récolte de pommes perdue côté alsacien après la destruction d’une ferme. Ni une, ni deux, il s’est fabriqué un drapeau blanc, a franchi les barbelés et s’est faufilé le cœur battant pour chercher les fruits. Il est revenu sain et sauf, sous les « hourras » des deux camps, qui l’avaient observé scrupuleusement…

André Dubail

André Dubail

Ajoutez à cela que cette partie sud de l’Alsace était depuis 1871 annexée par l’Allemagne. Reconquérir l’Alsace était un des premiers objectifs (et obsession) des Français à l’époque. Une partie a été « reconquise » comme le montre encore la carte à partir de 1914. Les Alsaciens ont donc été, du fait de l’annexion allemande de 1871, largement enrôlé dans l’armée allemande (180 000 environ). Une partie seulement (environ 18 000) a « déserté » pour passer dans l’armée française.

Et si je vous dis que ce coin-là de la Suisse appartenait à la France avant 1816, vous me suivez ?

Triple poste d'observation  allemand

Triple poste d’observation allemand

André Dubail, ancien professeur de lettres classiques et inspecteur général, a consacré une grande partie de son temps, depuis 1978, à la mise en valeur de ce coin du front. Le sentier de mémoire du Kilométre zéro a été inauguré en 2014 seulement. De nombreux vestiges restent à protéger, de la destruction du temps et des hommes, alors que plusieurs d’entre eux ont disparu lors de la construction d’un golf dans la commune voisine.

Le cœur plus internationaliste que jamais, j’ai repris ma route en début d’après-midi, direction Cernay.

Cigogne

Cigogne

J’ai pu profiter de superbes pistes cyclables le long de l’ancienne voie de chemin de fer Pfetterhouse-Dannemarie, aperçu mes premières cigognes à Seppois, longé le canal du Rhin, avant de rejoindre Cernay au pied des Vosges.

Canal du Rhin

Canal du Rhin

A Cernay, j’ai été hébergée par Emilie, Jean-Christian et leurs deux filles, membres du réseau de Warmshower et cyclistes plus qu’avertis après trois ans de tour du monde à vélo. Encore une très belle rencontre (et en plus, ils avaient le très bon goût d’habiter en face du cimetière allemand).

A suivre demain : la visite du Hartmannswillerkopf

La première borne géographique du front, Altkirch

Le Sungdau. Saut de carpe (1/8)

Etape 1/8. Dimanche 26 juillet 2015. Paris-Belfort-Altkirch (train)-Ferrette.
Distance : 23 km
Dénivelé positif : 387 m
Paysages : plaines et début de collines (altitude : 500m)
Météo : couvert mais chaud, pluie dans la soirée
Moral : excellent, stress du grand départ…

Altkirch, dimanche 26 juillet, 12h30. « Ah, non. Vous ne trouverez pas de boulangerie ouverte à cette heure-ci en Alsace », me répondit-on, attablé à la terrasse du restaurant-kebab Antalya de la petite ville. « Demandez voir au serveur. » Au restaurant, on me concéda deux pains ronds, pas plus, deux euros. J’en fus quitte pour un sandwich pita chaude-jambon de Bayonne, avalé sur un banc, face à la halle au blé, le massif des Vosges dans le dos.

Place de la République, Altkirch

Place de la République, Altkirch

La journée avait bien commencé. Matinale, j’étais montée dans le Paris-Belfort dès potron-minet, gare de l’est, quasiment en même temps que Laurence Parisot, qui elle, ne poussait pas de vélo. A mi-parcours des 4 heures de trajet, à Troyes, un type est monté et m’a rejoint dans mon compartiment vide. Un cycliste. Un Américain, de Portland, Oregon. Un ancien Marines. Un habitué de voyages à vélo en France depuis des années. Il s’apprêtait à rouler pendant trois mois, le long du Danube, jusqu’à la mer Noire puis Istanbul. Il trouvait que l’assurance maladie en France était super, même si lui ne pouvait pas se plaindre en tant que vétéran. Que les fruits en Europe étaient bien meilleurs qu’aux Etats-Unis. Que ses compatriotes buvaient trop de sodas, alors que lui préférait l’eau et le thé, jamais de café. Que les supermarchés américains étaient souvent trop chers ce qui nécessitait de guetter les promotions et de collectionner les tickets de réduction… Arrivée à Belfort, j’en savais un rayon.

Piste cyclable, ancienne voie ferrée de Altkirch à Feldbach

Piste cyclable, ancienne voie ferrée de Altkirch à Feldbach

Après mon sandwich et une photo de la première borne de la ligne de front, déplacée à Altkirch (elle était auparavant à la frontière suisse), j’ai commencé ma route, direction le sud, la frontière suisse et les premiers monts du Jura Alsacien, dans la région du Sundgau. Les Vosges dans le dos, à nouveau.

Abri pour mitrailleuse, Hirsingue

Abri pour mitrailleuse, Hirsingue

L’histoire (la mienne et celle avec une grande hache) commencera véritablement demain, lundi, au niveau du Kilomètre zéro du front. En attendant, j’ai suivi le lit de l’Ill, monté quelques collines, visité une église romane à Feldbach, aperçu plusieurs « bunkers » allemands, visité le château fort de Ferrette où je dors ce soir et même succombé à la spécialité locale : la carpe frite (je dirais même plus : la carpe frite-frites). Un délice !

Les alentours de Ferrette et le Jura alsacien. Vue du château fort.

Les alentours de Ferrette et le Jura alsacien. Vue du château fort.

La suite, demain : Le sentier du Kilomètre zéro, les bunkers de Burnhaupt et nuit à Cernay…